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Le rôle de la technologie civique dans la consolidation de la démocratie en Afrique

2021-12-09 · Ce texte historique décrit sa période d’origine. Les événements, personnes, statistiques, échéances et rôles institutionnels doivent être lus dans ce contexte. Pour le cadre actuel, consultez l’Union africaine et les sources du programme en cours.

Ce texte historique décrit sa période d’origine. Les événements, personnes, statistiques, échéances et rôles institutionnels doivent être lus dans ce contexte. Pour le cadre actuel, consultez l’Union africaine et les sources du programme en cours.

Cet article a été rédigé par Andrew Songa (@drewfremen) et Aisha Dabo (@mashanubian).

Janvier 2022 marquera le quinzième anniversaire de l’adoption de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG) – un instrument qui a été adopté dans le but d’inciter les États africains à respecter les principes de bonne gouvernance, de participation citoyenne, d’État de droit et de droits humains. L’Afrique marque cette étape importante malgré des hauts et des bas considérables dans le domaine de la gouvernance. D’une part, le continent a connu des médiations réussies de conflits de longue date et l’instauration de régimes démocratiques qui ont mis fin à des régimes autoritaires. Mais d’un autre côté, ces succès ont été fragiles.  Des pays comme le Soudan du Sud ont replongé dans le conflit et ont eu besoin d’un accord de paix revitalisé, et plus récemment au Soudan, une révolution populaire vers la démocratie a été menacée par un coup d’État militaire.

De nouveaux conflits ont par ailleurs émergé, comme en Éthiopie, et des séries d’élections contestées sur le continent ont entraîné manifestations de masse, rétrécissement de l’espace civique et pertes de vies humaines dans les cas extrêmes. Plus inquiétant encore, l’année 2021 a vu des pays comme le Mali, la Guinée et le Tchad revenir à des régimes militaires plutôt qu’à des gouvernements dirigés par des civils. Dans la dernière édition de son rapport sur la gouvernance en Afrique, l’Union africaine a déclaré que les meilleures performances du continent se situaient dans le domaine du développement socio-économique, tandis que les plus faibles se situaient dans les domaines de la démocratie et de la gouvernance politique.

Civic Tech : la technologie au service de la participation citoyenne

Comment le continent peut-il alors consolider ses acquis et combler ses lacunes en matière de gouvernance démocratique ? Le consensus s’est orienté vers des appels à une approche transformative de la gouvernance, une approche qui implique vision, innovation, intégrité, inclusivité, réactivité et efficacité. En effet, les dirigeants africains ont formulé leur vision collective dans l’Agenda 2063, qui inclut l’objectif d’une “Afrique de la bonne gouvernance, de la démocratie, du respect des droits humains, de la justice et de l’État de droit”. La réalisation de cette vision nécessite un cadre de gouvernance qui encourage la participation du public afin de centrer les besoins de la population dans l’élaboration des politiques et de respecter la volonté des citoyens lors de l’élection des dirigeants politiques. Il y a beaucoup à dire sur les méthodes permettant de renforcer la participation publique, mais les expériences récentes des révolutions menées par les jeunes au cours du printemps arabe, la révolution de 2014 au Burkina Faso, la révolution de 2020 au Soudan et maintenant les réalités de la pandémie de COVID-19 ont mis en lumière les enjeux liés aux technologies civiques.

Dans ce contexte, la technologie civique désigne les outils numériques qui permettent aux citoyens de s’organiser et de se mobiliser plus facilement sur les questions de gouvernance, mais aussi de s’engager auprès des détenteurs du pouvoir. Si elle est correctement déployée, la technologie civique peut contribuer à renforcer les processus démocratiques et à promouvoir une prise de décision inclusive. Lors des manifestations du printemps arabe de 2011 en Égypte et en Tunisie, les smartphones et les plateformes de réseaux sociaux ont facilité la mise en place d’une structure d’organisation qui a dépassé les gouvernements qui tentaient de réprimer les protestations. En 2008, la société civile kényane a déployé avec succès des technologies de crowdsourcing pour cartographier le déroulement des violences post-électorales dans le pays durant cette année. Cela a fortement contribué à éclairer les efforts de médiation qui ont mis fin à la violence.

Au Mali, l’application mobile MonElu a été utilisée comme un moyen de renforcer la participation des citoyens dans la gouvernance en facilitant le dialogue avec les élus et, ce faisant, en augmentant la responsabilité envers les citoyens. Au Zimbabwe, Justice Today [historical reference; original destination unavailable] est une application mobile qui comble les lacunes de l’aide juridique en utilisant “l’intelligence artificielle pour éduquer les citoyens sur les mesures à prendre en cas de victimisation”. Compte tenu des restrictions de mouvement et de rassemblement dues à la pandémie de COVID-19, la technologie civique est devenue un outil essentiel pour coordonner les réponses de l’État à la pandémie, maintenir l’engagement civique et promouvoir la solidarité entre les mouvements civiques.

Civic Tech Fund Africa : Accélérer l’innovation technologique pour la gouvernance participative

C’est pour ces raisons qu’il faut investir davantage pour exploiter le potentiel de la technologie civique afin de renforcer la démocratie en Afrique. Une telle initiative a été lancée le 30 novembre 2021 – le CivicTech Fund Africa. Dans le cadre d’un projet panafricain appelé “Charter Project Africa”, le Civic Tech Fund Africa est un mécanisme conçu pour amplifier le travail des jeunes innovateurs africains qui cherchent à utiliser la technologie comme un moyen pour renforcer la participation citoyenne et les processus démocratiques aux niveaux local et continental. Le Civic Tech Fund Africa y parviendra en fournissant des subventions de démarrage et un soutien en matière de technologie et de données aux innovateurs dont la candidature aura été retenue.

Le Civic Tech Fund Africa ciblera initialement 11 pays membres de l’Union africaine (Afrique du Sud, Bénin, Botswana, Cabo Verde, Éthiopie, Kenya, Nigeria, Sénégal, Soudan, Tanzanie et Zambie) et s’étendra dans une phase ultérieure pour soutenir des initiatives sur le reste du continent. Avec le soutien financier de l’Union européenne, le fonds sera administré par le consortium Charter Project Africa qui se compose de 6 organisations, à savoir : AfricTivistes, Code for Africa (CfA), le Gorée Institute, Democracy Works Foundation, le European Centre for Development Policy Management (ECDPM) et le European Partnership for Democracy (EPD). 

Le Civic Tech Fund Africa bénéficie également du soutien et de l’approbation de l’Union africaine, qui verra des organes essentiels tels que le Secrétariat de l’Architecture africaine de gouvernance (AGA) et le Parlement panafricain (PAP) engagés en tant que parties prenantes cruciales qui président les processus politiques tels que la Stratégie d’engagement des jeunes en Afrique et le suivi de la mise en œuvre de la CADEG. En fin de compte, il est attendu que le Civic Tech Fund Africa ne mettra pas seulement en évidence les utilisations innovantes de la technologie dans les processus démocratiques, mais diversifiera également les voix dans les espaces politiques de l’Union africaine en promouvant l’engagement des citoyens et les voix des jeunes plus spécifiquement.

Toutefois, tout en appréciant les possibilités offertes par la technologie civique, nous devons également être conscients des défis qui se posent dans ce domaine. Dans certains pays, la technologie civique a déclenché une réaction hostile des gouvernements sous la forme de coupures de l’internet et de cyber-surveillance. Et si, dans d’autres pays, le smartphone a accéléré la pénétration de la technologie civique, la réalité est que la pénétration de l’internet sur le continent est estimée à 43 %. C’est pourquoi l’enthousiasme pour la technologie civique doit s’accompagner d’un soutien au maintien d’espaces internet ouverts et d’investissements dans les infrastructures qui y facilitent l’accès des citoyens. En fin de compte, des initiatives telles que le CivicTech Fund Africa ne seront pas une solution miracle qui résoudra complètement les défis démocratiques de l’Afrique; elles ouvrent en revanche la porte à l’élargissement des conversations pour pour répondre à ces défis et invitent les jeunes, la plus grande composante de l’Afrique, à proposer des idées innovantes.

Texte original du CivicTech Fund Africa / European Partnership for Democracy, retrouvé dans le flux de publication historique. Date et attribution d’origine conservées. Mention du site original : CC BY-NC 2.0.

Sources et provenance

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